Le Shinrin Yoku pour les nuls : Qu'est-ce qu'un "sit spot" ?

J’adore la langue française, même quand vient le temps de traduire une expression comme un «sit spot». Impossible de réduire à deux mots plus simples. J’y ai réfléchi longtemps, dernièrement d’ailleurs, mais où encore ? Eh bien, là même où se trouve mon sit spot. Mon lieu d’ancrage. C’est un endroit précis où je me permets une pause. Un point d’arrêt unique où il fait bon relaxer et contempler. Je vous explique...

Dans la pratique du Shinrin Yoku, il n’est pas rare que le guide vous invite à trouver votre sit spot. Pour quelqu’un qui n’a jamais eu à faire ce choix, l'exercice peut sembler déroutant. Pourtant qui chez soi n’a pas un lieu privilégié pour se poser ? Certaines personnes ont la chance de le faire avant d’aller travailler, sur l’heure du midi ou même en revenant du travail. Au fond, on parle d’un simple geste comme s’arrêter sur un banc de parc.

 Dans ma cour au tout début de l'hiver...

Dans ma cour au tout début de l'hiver...

Les jours où j’enseigne au centre ville de Montréal, vous pourriez me croiser rue Cedar en train de monter avec mon lunch sous la main jusqu’en haut et de m’asseoir sur un muret envahi de végétation. Je reste là comme un oiseau. C’est mon sit spot urbain.

Comment se fait-il que ce muret devient mon sit spot, pourquoi pas un autre endroit et comment l’ai-je choisi ? Car il va sans dire que ce ne sont pas tous les murs du monde qui engagent à la plénitude ! Pour être franche, je suis certaine que c’est mon corps qui décide à ma place. Il doit se dire : “C’est joli et tranquille, je me sens bien”. À Montréal, tous mes sens sollicités, ma recherche instinctive de bien-être me conduit naturellement vers un lieu plus calme.

 Montréal, 12 mai 2017, vue de mon «sit spot» urbain

Montréal, 12 mai 2017, vue de mon «sit spot» urbain

En forêt, c’est différent. On peut fermer les yeux, tourner sur nous-même, rouvrir les yeux et laisser notre corps nous guider n’importe où. N’avoir comme objectif que de laisser aller l’essence de l’être vers un lieu inspirant. Un tel lieu se doit d’être sans distraction. Ma définition d’un bon sit spot demande aussi d’être seul.

Et combien de temps doit-on rester là ? Je dirais qu’une bonne vingtaine de minutes suffit. Tant qu’on décroche totalement de notre cellulaire. Croyez-moi, ces 20 minutes vont vous paraître une éternité les premières fois ! Aussi, il est important de prendre le temps de s’installer confortablement. Pour être 100% à l’aise, j’amène un petit tapis de mousse ou un banc pliable, une couverture légère par temps frais. Le but est de me sentir confortable physiquement afin de trouver la quiétude de l’esprit. Une brindille de travers pourrait faire toute la différence.

Attention de ne pas attraper froid l'hiver !

 L'état du Maine nous donne un accès facile à la mer à tout moment de l'année. C'est une chance que de pouvoir s'asseoir là et contempler les vagues s'écraser sur les rochers.

L'état du Maine nous donne un accès facile à la mer à tout moment de l'année. C'est une chance que de pouvoir s'asseoir là et contempler les vagues s'écraser sur les rochers.

Pour les personnes anxieuses, l’exercice du sit spot peut s'avérer particulièrement difficile parce qu’il demande de lâcher prise. Imaginez reprendre contact avec tous vos sens, respirer profondément, toucher ce qui vous entoure, percevoir les bruits, les plus éloignés et les plus discrets, humer les parfums, quelque soit la saison. Croyez-moi, on n’est pas tous doté de ce talent.

À défaut de me répéter, il faut savoir prendre le temps de cultiver le moment présent et réussir à faire partie du lieu où on se trouve. Bonne nouvelle : la patience ça s’apprend ! Pour beaucoup de gens cultiver le moment présent est un quasi supplice ; ils auront de la difficulté à déconnecter même pour un court instant. Mais avec persévérance, on y arrive. Comme par pur enchantement, on parvient à faire partie de cette nature.

 Moment rafraichissant et apaisant au bord de la rivière

Moment rafraichissant et apaisant au bord de la rivière

En dehors de la pratique du SY, il m’arrive de trouver un lieu d’ancrage non loin de mes activités quotidiennes. Je vous propose de faire de même et d’y retourner aussi souvent que votre corps le demande, y retourner à toute heure du jour, en toute saison, y tenir un journal, y dessiner, y relaxer et pourquoi pas y méditer!

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